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L’HEMAG 2017 arrive à grands pas. Tout le monde trépigne d’impatience, et vous avez bien raison (mais évitez de le faire à l’unisson dans la Galerie des Glaces). En attendant, et pour vous faire patienter (saliver), un petit teaser rétrospectif sur l’une des (nombreuses) activités au programme de l’édition 2017 : le Dwarf Tournament ! HEMAG [...]
C’est ce week-end ! (Organisation du transport sur le forum et sur DTE Infos, manifestez-vous !) Les AMHE et les lames tranchantes, c’est bien. Avoir la possibilité d’essayer des armes à feu, c’est encore mieux ! En association avec le club de tir d’Ormoy (TCP 89) , Damien (membre de De Taille et d’Estoc et ex-membre du TCP) [...]

Bon, on parle beaucoup de l’épée longue, un machin long. C’est un peu le « sabrejaponaistropdark » des arts martiaux occidentaux, promettant merveilles et swag aux jeunes godelureaux qui l’empoignent. L’épée longue, substitut phallique de rôliste en manque de table…

Ce que l’épée longue n’est certainement pas, même dans les romans.

Quoi ? Ça grince des dents ? Allons, camarades, qui n’a jamais fait une moue dégoûtée et prononcé les mots « moua je fais de la bâtarde monsieur, pas de l’escrime ou du sport, mais un art martial, comme dans Mars dieu de la guerre ». Oui, voilà, c’est bien ce que je pensais. Et bien aujourd’hui, on ne parlera pas d’épée longue. D’abord parce que c’est chiant. Tout le monde en cause, tout le monde sait tout dessus, tout le monde a lu, tout le monde a raison.

Non, aujourd’hui, nous parlerons du coutelas. Du messer, du dussack, du coutel, du fauchon, de la storta, de toutes ces petites choses, qui coupent et qui se manient à une main, avec un tranchant et un dos, plus rarement un contre tranchant, mais toujours avec une classe absolue. Le coutelas c’est beau, c’est bien, ça ne mange pas de pain. Et on peut même en couper avec, du pain.

PREAMBULE CHIANT

Mais quel ouvrage choisir ? Car oui, je suis d’accord avec vous, il faut choisir.

Beaucoup d’ouvrages manuscrits, et même imprimés, parlent de ce coutelas. Depuis la somme de Johannes Leckuchner, jusqu’aux dernières copies et reproductions de l’oeuvre de J. Meyer, en passant par le manuscrit des petits gros, on compte un nombre important de textes qui exposent l’escrime avec le coutelas. Et même si l’application de ces textes est toujours sujette à caution (par exemple, quid de l’influence estudiantine dans la conception et la transmission de ces arts martiaux…) ils existent et il faut savoir limiter son périmètre.

Tenez, prenons un exemple, voulez-vous ? le KK5012, attribué à un certain Peter Falkner, mais autant écrit par lui qu’un « Républicain » est honnête. Tout le monde, de suite, imagine un manuscrit d’épée longue. Un feuillet montre le lion de St Marc, hop, c’est un manuscrit de la corporation de Marxbruder, regroupant les arcanes magiquement magiques de cette arme mystérieuses…

Et ben non. Sans commencer à déblatérer sur la fonction du livre (qui n’est surement pas un manuscrit d’instruction ou de prestige) le bouquin de la Fraternité de Saint Marc est avant tout un ouvrage dédié au coutelas, du moins quand on le met en rapport avec les autres armes et chapitres qui le constituent.

Plus d’un tiers de coutelas, épée longue balayée, combat en armure méprisé. Mauvaise foi assumée.

Même les plus obtus des lecteurs le reconnaîtront, 38% c’est beaucoup. Nous passerons sur les raisons de la densité de cette partie dédiée au coutelas, probablement autant due à la manière elle même dense (les textes dédiés sont souvent, voire toujours extrêmement denses). De la même manière, l’exposé, un par folio, des postures, des attaques, de toutes les manœuvres prend de la place.

Non, rien de tout cela. Par contre, il sera possible de dire que le coutelas allemand, qui reprend généralement, voire tout le temps, un énoncé originaire de l’épée longue, se voit ici reconnu comme une manière à part entière. Comparez, si vous êtes curieux : l’épée longue et le coutelas ont un exposé complet, depuis les postures jusqu’au coups, en passant par des manœuvres à la taxinomie précise et détaillée. Les autres armes sont traitées de manière beaucoup, BEAUCOUP moins fine. Tout au plus s’agit-il de guides complémentaires pour aventureux de l’escrime et des arts martiaux.

Mais, d’ailleurs, c’est quoi, ce bouquin ? Conservé sous la cote KK5012, au sein des collections du Kunsthistorisches Museum de Vienne, l’ouvrage, de petite taille, est difficile à dater. Mais comme il n’est pas rédigé sur parchemin (comme beaucoup, en fait), on peut observer le papier, feuille par feuille. Et là, badaboum, il y a un filigrane relié à la ville d’Augsbourg, en 1489.

Le commanditaire de l’œuvre nous est inconnu, de même que son premier propriétaire. Car oui, personne ne pense sérieusement qu’un certain Peter Falkner ait rédigé dans son petit bureau un livre sur papier illustré et colorisé. L’inscription du f°XX, « Meister Peter Falkners kunste zu Ritterlicher Were» n’est ni un titre ni une notule, mais probablement une inscription propre à la collection du château d’Ambras où le livre est conservé depuis 1596. Son histoire est d’ailleurs mouvementée, puisque les collections sont évacuées à Vienne en 1665, pour cause de… disons « guerre ». En 1806, à cause de l’avancée des troupes impériales françaises (soit non plus une libération, mais le parcours de l’étincelle du progrès), il est transféré à la collection des objets d’arts de la Maison Impériale. Il rentre à une date indéterminée au Kunsthistorisches Museum, mais ça on s’en fout, il y est encore. De fait, donc, le bouquin n’est plus utilisé en tant que tel depuis la fin du XVIe siècle. S’il a été utilisé un jour, ce dont rien n’est moins sûr.

En fait, seuls certains feuillets, ceux de la première partie du bouquin (f°1v-46r ), peuvent être reliés à un certain Peter Falkner. En tirant un peu les cheveux, et en  prenant en compte la représentation du lion de Saint Marc au f°57v, il est possible de poser comme hypothèse solide que le dit P. Falkner aurait été membre de la Confrérie de Saint Marc et de la sainte Vierge. Il pourrait même avoir été leur capitaine. En effet, dans la copie de la chronique de cette confrérie contenue dans le Cod I.6.2°.5, il est nommé comme tel en 1490 et pas mal de fois après.

Le Lion. Ou l’Évangéliste. Mais bon, c’est pas comme si les AM de l’Occident Médiéval étaient fondamentalement chrétien, hein ?

Niveau texte, c’est le merdier. Vous pouvez y lire des éléments de la tradition de « Liiiiiiechtenauuuuuuer », sur l’enseignement du combat à l’épée longue. Mais la forme en est profondément altérée. Le texte est illustré, en couleur, sur presque tous les feuillets, à la différence de la majeure partie des témoins précédents. A aucun moment, le texte ne précise le nom des auteurs dont il s’inspire. Il faut aussi noter que les rimes présentant l’escrime avec le coutelas sont une copie incomplète du texte contenu dans le Cod.Pal.germ 430 de Heidelberg. L’escrime avec la hallebarde est copié par une autre main que les parties précédentes. Il est d’ailleurs possible de retrouver des portions de ce texte, dédié à l’escrime en armure, dans le Cl.23842 de Paris (gaffe à la notice, elle demeure foireuse).

Niveau forme, le propos ne suit plus la structure traditionnelle « épitomé fractionné/commentaire ». Les parties textuelles destinées à l’épée et au coutelas sont rimées quand les parties destinées à la dague, aux armes d’hast, au combat équestre et au duel judiciaire sont en prose.

Bref, la présentation même des armes que l’on pourrait désigner comme nobles (et non pas pour les nobles) reflète un degré d’effort notable de présentation et de rédaction.

En mode bref/gros résumé du bref, les lames assez longues, c’est bien, le reste c’est tout pourri.

Notons, enfin, qu’il se trouve qu’on observe, comme dans tous les bouquins d’arts martiaux de la fin du Moyen Age, des textes qui se répètent d’un témoin à l’autre. Par exemple, on trouve des bouts du poème, que je nommerais désormais épitomé, attribué à Johannes Leckuchner. Pour identifier ces similitudes (en rappelant que ce ne sont QUE les textes rimés, il n’y a aucun commentaire dans le KK5012), je les mettrais en ROUGE, comme ça : rouge.

Une fois cette partie chiante au possible évacuée, nous pourrons, dans un prochain temps, et donc dans un billet en cours de finalisation, nous intéresser au contenu. Traduit, quand même, on est pas des chiens d’érudits.

 


On cause, on cause, on s’extasie devant les mignons petits dessins de nos bouquins, et on bosse sur des traductions modernisées (voire escrimissées) des mêmes bouquins.

Mais l’épée longue, ou les épées qui coupent pour de vrai ne sont pas seules. J’ai déjà traité ailleurs, ya longtemps, des bâtons et autres armes nobles et distinguées. Et pour rire, aujourd’hui, je vais vous causer, in situ, d’une arme un peu proche (les gens attentifs verront) : le grand bouclier. Manié à deux mains, mais aussi à une main avec une autre arme (au choix, selon le texte, une épée, une dague ou une masse à la con)

Pour introduire cette thématique qui n’est pas super bandante, mais qui existe (aucun art martial n’est parfait, et on ne fait pas des arts martiaux uniquement sur ce qu’on aime, sinon, on est un gamin pourri gâté), on va causer du texte du Ms.Germ.Quart.16, plus exactement des folios 49v (pour verso) à 55r (pour recto). Passons sur le fait que ce soit probablement une copie de mauvais aloi, et penchons nous rapido sur le document. Le bouquin est petit et presque carré (pas loin de 20cm sur 20cm). Il est en parchemin, fait inhabituel, et rédigé par deux mains différentes, dans un obscur dialecte bavarois à la con.

Ceci n’est pas un manuscrit. C’est un gâteau. Un gâteau qui tue.

Le texte ne mentionne aucune date, bien que certains farceurs n’hésitent pas à faire une analyse chronologique d’une copie en analysant les costumes et armures. Gros bullshit, mais on fait avec ce qu’on a. Ceci nous amène entre entre 1435 et 1440. Nos petites mains nous disent que le bouquin est présent, en 1661 à la Berliner Kurfürstenbibliothek, et qu’il reste grosso-merdo dans la même ville jusqu’en 1945, date du grand chambardement, qui l’amène à Cracovie.

Sinon que dire… ah oui, le bouquin et une partie de son contenu, mais pas celui dont je vais causer, est comparable aux manuscrits de ce que les gens savant appellent le « Groupe Gladiatoria ». Pour plus de précisions, attendre une critique du livre de Dierk Hagedorn et Bartłomiej Walczak.

Allonzy, allonzô, allons au boulot !

  • Note la première pièce avec le grand bouclier et les épées : tiens ton épée derrière le bouclier et lève la pointe au dessus de ce dernier. Cours sur lui et place ton bouclier en bas du sien, puis estoque par-dessus en passant ton épée entre les deux boucliers, afin de toucher son cou.
  • Sois attentif au contre : quand tu pressens l’estoc qui va donner vers ton cou, frappe son épée en poussant ton bouclier vers son flanc gauche, puis estoque par-dessus en passant ton épée au-dessus de ton bouclier, afin de toucher sa poitrine. Ainsi, tu as brisé la pièce.

  • Note la seconde pièce : quand tu veux l’ébranler, place les quillons de ton épée contre ta poitrine et marche hardiment contre lui de manière à ce que ton épée le traverse après être passée entre vos deux boucliers. S’il désire repousser ton estoc avec son bouclier, alors fais en sorte que ton propre bouclier soutienne ton épée afin que l’estoc puisse être réalisé.
  • Sois attentif au contre: repousse son estoc sur ta gauche avec ton épée, de manière à ce que ta pointe touche sa poitrine, ainsi tu brisé la pièce qu’il voulait réaliser contre toi. 

  • Note la troisième pièce : tiens ton épée devant toi et agis comme si tu désirais passer la pointe entre les deux boucliers. Quand il pense voir l’estoc, marche vivement sur sa gauche avec ton pied droit et estoque son dos.
  • Note le contre : quand il tente d’estoquer ton dos et que tu le pressens, frappe son épée avec le haut de ton bouclier afin de briser l’estoc qui désire faire contre toi. Estoque à ton tour, par dessous, entre les deux boucliers, pour toucher son corps. Ainsi tu as brisé la pièce qu’il voulait faire contre toi.

  • Note la quatrième pièce : tiens ton épée devant toi et avance vers lui. Positionne ton bouclier contre le sien et marche droit devant avec la jambe droite, pour estoquer en dessous de ton bras gauche et toucher son côté droit.
  • Note le contre : quand il tente d’estoquer ton flanc droit par dessous, et que tu pressens ceci, tombe avec ton épée sur la sienne, puis marche droit devant avec la jambe droite. Ainsi, tu auras repoussé son estoc sur le côté et tu pourras estoquer où tu le désireras. Ainsi, tu as brisé la pièce qu’il désirait faire contre toi. 

  • Note la cinquième pièce : si tu désires le provoquer, avance fermement avec ton bouclier contre le sien, et estoque au dessus de la tranche de son bouclier pour atteindre son corps.
  • Note le contre : si tu perçois l’estoc qui passe au dessus du bouclier, soulève ce dernier avec force et laisse sa partie basse aller vers ta gauche. Puis estoque par dessous en passant entre les deux boucliers pour toucher sa fierté. Ainsi, tu as brisé la pièce qu’il désirait faire contre toi.

Ici, le lecteur assidu et attentif, à défaut d’être capable de donner une explication cohérente, aura remarqué qu’une phrase est rédigée à la verticale.

  • C’est ici que se terminent les cinq tenues du grand bouclier et avec l’épée, depuis lesquelles sont issues toutes les pièces et tous les contres. 

  • Note la première pièce avec le grand bouclier : quand il vient lier avec un coup de dessus et que tu as fait de même pour tenir le lien, marche devant avec la jambe gauche et attrape l’arrière de son genou droit avec la pointe basse de ton bouclier. Lève vivement le tout pour le renverser.
  • Si tu désires contrer cette pièce, marche avec le pied gauche devant et tourne ton bouclier de bas en haut depuis ton côté gauche, à l’intérieur du sien, afin de pousser son corps avec ton propre bouclier. Ainsi, tu as brisé la pièce avec laquelle il désirait te renverser.
  • Ces pièces constituent le commencement de toutes les coutumes de duel franconien, avec le bouclier et la masse, et également avec la dague. 

  • Note la seconde pièce. Lorsque tu as lié par dessous avec le bouclier, marche devant avec le pied droit et lève fermement ton bouclier. Marche alors devant avec ton pied gauche et pousse son bouclier avec le tien sur son flanc gauche. Ainsi, tu découvres son corps.
  • Note le contre : recule le pied droit et ramène vivement ton bouclier derrière toi. Ainsi, il sera lui même découvert et tu as brisé la pièce qu’il désirait faire contre toi. 

  • Note la troisième pièce, dite le changement d’attaque : lorsque tu désires frapper, marche devant avec le pied droit et frappe fortement sa tête par dessus avec ton bouclier. Tire alors vivement vers toi et estoque sa fierté avec ton bouclier. Tourne ce dernier en bas sur ta droite, ainsi, tu seras revenu pour donner le changement d’attaque, et tu pourras estoquer de l’autre côté.
  • Note le contre : s’il réalise le changement contre toi, frappe avec ton bouclier, puis marche devant avec le pied gauche, afin d’atteindre l’intérieur de son bouclier, et l’estoquer. Ainsi, tu tu as brisé la pièce qu’il désirait faire contre toi.

  • Note la quatrième pièce, dite du coup médian : positionne ton bouclier devant toi, de manière horizontale, et attends son attaque, qu’elle soit de taille ou d’estoc. Ainsi, tu pourras la dévier sur le côté.
  • Note le contre quand il t’a dévié et que ton pied gauche est placé devant. Tu dois alors pousser fermement ton bouclier sur son flanc droit et marche devant avec ton pied, tout en tournant ton bouclier depuis le bas. Ainsi, tu te places, toi et ton bouclier, à l’intérieur du sien, là où il est vulnérable. Ainsi, tu as brisé la pièce. 

  • Note la cinquième pièce, dite du coup plongeant avec le bouclier : quand tu marche vers lui, frappe son visage de la pointe. S’il pare avec son bouclier, bouge le tien depuis le bas et pousse fermement vers son corps.
  • Note encore une fois le contre : tourne ton bouclier depuis ta droite et le dessous et marche devant avec le pied droit. Pendant ce temps, attrape l’arrière de son genou gauche et recule ta jambe gauche, et ramène fermement tout cela vers toi. Ainsi, tu as brisé sa pièce, etc.

Ici, le lecteur assidu aura encore remarqué qu’une phrase est rédigée à la verticale.

  • Ces pièces sont celles du bouclier et de la masse, comme cela est écrit et dessiné.

  • Voici les cinq tenues avec le bouclier de costume civil, à partir de laquelle toutes les pièces et tous les contres peuvent être appris, et appliqués aussi bien pour jouer que pour les choses sérieuses.

Note : chuttennischen puckler est un terme chelou et un peu foireux. Si on s’en réfère au Schweizerisches Idiotikon, « chutten » désigne la tenue des hommes, voire des ruraux (Kleidungsstück für männer, Rock, jacke für männer und Knaben, bei der naturfarbende Bauernrock mit Schössen). J’ai choisi d’y voir une signification de costume civil, courant, à l’inverse du costume réglementaire.

  • Voici une tenue avec le coutelas et aussi avec le bouclier hongrois, avec lequel toutes les pièces ludiques et sérieuses peuvent être réalisés.

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