Le coach suédois - exercice d'AMHE pour améliorer ses combats

Le "coach suédois" est le nom que nous avons donné, à Nantes, à un exercice de combat coaché. Suédois, parce qu'il a pour origine un atelier présenté à l'HEMAG 2010 par les suédois Axel Pettersson et Anders Linnard de l'association GHFS (Göteborgs Historiska Fäktskola).

C'est un très bon exercice à faire à l'entraînement après les exercices techniques, au moment où nous passons en général au combat libre (sparring). Ces mêmes combats libres où beaucoup font du n'importe quoi, et se retrouvent incapables de placer les techniques étudiées précédemment. Le coach suédois a justement pour objectif de faire un combat en semi-opposition, où l'on va privilégier un combat propre et bien fait plutôt que de multiplier les doubles touches et touchettes aux mains. En ce sens, il peut être un bon moyen de se rapprocher des assauts qui vise la mise en application de l'art comme le préconise Gaëtan Marain dans le billet d'humeur publié dans le Bulletin des AMHE d'avril.

Je vais donc vous présenter les 3 étapes de cet exercice auquel j'apporte quelques commentaires et adaptations.

L'exercice se pratique à trois, deux combattants équipés pour combattre, et un coach. Les combats sont de courtes durées afin que chaque personne occupe à tour de rôle un poste différent.

 

1. Le coaching a posteriori :

Ce premier exercice consiste simplement à laisser combattre deux personnes durant deux minutes. Le coach observant l'une d'elle, et non les deux.
A la fin des deux minutes, le coach débriefe la personne observée en lui signalant ce qu'elle a bien fait, ce qu'elle a mal fait, et des pistes d'évolutions.
Les participants inversent les rôles, l'observé devient coach, le coach devient combattant etc... et on reprend.

Voilà comment l'atelier a été présenté à Dijon. L'évolution que nous avons apportée à Nantes est la suivante : le combattant qui n'est pas observé ne doit pas combattre en s'opposant à 100% aux actions de son adversaire. Il a au contraire pour rôle de révéler autant les défauts que les qualités de son partenaire. Pour cela il doit prendre des risques, combattre à toutes les distances, faire volontairement quelques erreurs flagrantes, et se forcer à adapter un style qui ne lui ait pas forcément familier (comme prendre une garde qui lui est inhabituelle). Le but est que le combattant qui est observé ait réellement de la matière sur quoi travailler. Et surtout que le coach ait quelque chose à dire du combat au bout des deux minutes. N'oublions pas que l'objectif de l'exercice est de faire progresser le combattant observé, et que les rôles tournent.
Cette évolution je l'ai apportée après avoir trop souvent constasté de doubles touches, ou des combats avec uniquement des touches aux mains. Dans ce cas, le coach au bout des deux minutes n'a aucun conseil pertinent à apporter.

 

2. Le coaching a priori :

L'exercice est très similaire au précédent. Les deux combattants vont cette fois ci s'affronter durant une seule minute, pendant que le coach en observe un seul. A la fin de la minute, le coach va donner une consigne au combattant observé (sans que son adversaire soit au courant de la consigne). Cette consigne peut être une obligation afin d'améliorer son escrime, ou une interdiction afin de lui enlever un point fort et ainsi l'obliger à utiliser le reste de son répertoire technique.
Contrairement à l'exercice précédent, le coach ne donne ici qu'une seule et unique consigne, simple et claire.

Exemple de conseil : Sois davantage menaçant, termine bien en longue pointe.
Exemple de bride : Tu as interdiction de toucher directement, tu dois toujours prendre le fer pour toucher.
 
Les deux combattants reprennent alors leur combat durant une minute, celui qui a reçu la consigne s'efforce de l'appliquer.

Variante n°1 :
Vous pouvez choisir d'informer le partenaire de la consigne choisie. Cela dans l'idée qu'il fasse exprès de recréer la situation. C'est particulièrement utile lorsque la consigne concerne une technique très précise.
Par exemple si celui qui travaille doit faire une feinte face à un adversaire qui ne fait que se défendre, il faut donc que le partenaire fasse parfois exprès de se défendre.

Variante n°2 :
Vous pouvez mettre en place deux coachs, un pour chaque combattants. Cela donne un combat plus compétitif, où chaque coach cherche à donner le meilleur conseil possible à son "poulain". A l'image des compétitions vous pouvez faire plusieurs rounds de une minute. Attention tout de même à ne pas tomber dans les travers de la compétition avec un appauvrissement des techniques. Imposez des limites maximale d'engagement, en gardant à l'idée que le but est de travailler proprement.

 

3. Le coaching en même temps :

L'exercice est encore une fois similaire au précédent. Les deux combattants vont s'affronter durant une seule minute, pendant que le coach en observe un seul. A la fin de la minute, le coach va donner une consigne au combattant observé.
La différence est que la consigne devra être appliquée durant le combat au moment où le coach l'ordonne. Typiquement, le combattant ne voit pas une opportunité, et c'est donc au coach de lui indiquer avec un signal sonore.
Par exemple : Paul ne rentre jamais en lutte, à courte distance il cherche vainement à utiliser son épée. Il a donc reçu pour consigne de rentrer en lutte. Durant le combat, quand il se retrouve à courte distance, le coach annonce "Maintenant !", et Paul entendant le signal s'exécute et entre en lutte.

Ce troisième exercice doit permettre de débloquer des situations où malgré les conseils prodigués le combattant ne voit pas les situations où il pourrait placer telle ou telle technique, il a donc besoin d'un signal extérieur dans un premier temps.
Tel quel, l'exercice n'est pas évident à appliquer car il y a souvent un important laps de temps entre le signal donné et l'action effectuée en réaction. Pour éviter cette situation il faut que le partenaire se laisse faire, voire qu'il s'immobilise quand le signal est donné.

 

Voilà, j'espère que cet exercice vous permettra d'avoir un outil supplémentaire pour combattre en assaut plus proprement, et d'intégrer petit à petit les techniques apprises théoriquement à la réalité stressante du combat libre.

 

Simon Landais
Cercle des Escrimeurs Libres Nantais