Agrégateur de flux

Bonjour à toi et bienvenue ici. De quelle région es-tu ?

Statistiques: Posté par Romudlog — Mar 19 Sep 2017 12:53

Bonjour

Est-ce le stage a déjà eu lieu pour cette année 2017 ? Si oui, la prochaine édition de 2018 sera prévu pour quand ? A part ça est-ce que vous aurez de appareil d'électrostimulation à vendre ici ?
http://www.forme3f.com/comparatif-des-a ... r-forme3f/

Merci

Statistiques: Posté par Nixie — Lun 18 Sep 2017 09:05

Bonjour

Est-ce le stage a déjà eu lieu pour cette année 2017 ? Si oui, la prochaine édition de 2018 sera prévu pour quand ?

Merci

Statistiques: Posté par Nixie — Lun 18 Sep 2017 09:05

Bonjour,

Je me présente Julie et j'ai 21 ans. J'ai découvert l'escrime médiéval suite à une invitation d'un amis. Je me suis inscrit pour trouver des partenaires et faire connaissance avec les membres du forum.


Merci de m'avoir accepté

Statistiques: Posté par Nixie — Lun 18 Sep 2017 09:02

Bonjour,

Je me présente Julie et j'ai 21 ans. J'ai découvert l'escrime médiéval suite à une invitation d'un amis. Je me suis inscrit pour trouver des partenaires et faire connaissance avec les membres du forum.


Merci de m'avoir accepté

Statistiques: Posté par Nixie — Lun 18 Sep 2017 09:02

Alexander Pierre a écrit:
la gestion de la distance...probablement le plus important des aspects de l'escrime.

Distance : ah, c'est sûr que c'est un concept assez opérationnel, facile à saisir, même s'il est subtil.
Oui, la distance. Les gardes. Les préparations...

Mais,au-dessus, il y a ce qui chapeaute tout : le Temps.

Un concept pour les gouverner tous
Un concept pour les trouver tous
Un concept pour les amener tous
Et dans les armes les lier

Statistiques: Posté par ctrlx — Sam 16 Sep 2017 06:24

Alexander Pierre a écrit:
la gestion de la distance...probablement le plus important des aspects de l'escrime.

Distance : ah, c'est sûr que c'est un concept assez opérationnel, facile à saisir, même s'il est subtil.
Oui, la distance. Les gardes. Les préparations...

Mais,au-dessus, il y a ce qui chapeaute tout : le Temps.

Un concept pour les gouverner tous
Un concept pour les trouver tous
Un concept pour les amener tous
Et dans les armes les lier

Statistiques: Posté par ctrlx — Sam 16 Sep 2017 06:24

Dernière video sur la gestion de la distance...probablement le plus important des aspects de l'escrime.

Nous faisons une mini série sur le sujet .

Le message principal de la vidéo venant directement des sources liechtenaueriennes: venez à votre adversaire avec un plan et mettez le en oeuvre lorsque vous êtes à distance., sinon vous risquez de vous faire prendre !

L'action est faite par Arto Fama (Zwaard & Steen, NL) au Örebro Open 2016

object

Dorénavant, je vais poster les vidéos d'Art of Fencing sur ma chaine Youtube pour ceux qui n'aiment pas Facebook. En revanche, Facebook restera la plateforme de diffusion privilégiée.

Statistiques: Posté par Alexander Pierre — Ven 15 Sep 2017 09:58

Dernière video sur la gestion de la distance...probablement le plus important des aspects de l'escrime.

Nous faisons une mini série sur le sujet .

Le message principal de la vidéo venant directement des sources liechtenaueriennes: venez à votre adversaire avec un plan et mettez le en oeuvre lorsque vous êtes à distance., sinon vous risquez de vous faire prendre !

L'action est faite par Arto Fama (Zwaard & Steen, NL) au Örebro Open 2016

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Dorénavant, je vais poster les vidéos d'Art of Fencing sur ma chaine Youtube pour ceux qui n'aiment pas Facebook. En revanche, Facebook restera la plateforme de diffusion privilégiée.

Statistiques: Posté par Alexander Pierre — Ven 15 Sep 2017 09:58

Vous pouvez contacter le groupe de Lorient via les infos disponible ici :
http://amheonweb.net/association/fer-ho ... he-lorient
ou sur Facebook :
https://www.facebook.com/groups/1027517 ... ?ref=br_rs

Statistiques: Posté par Simon — Jeu 14 Sep 2017 07:15

Vous pouvez contacter le groupe de Lorient via les infos disponible ici :
http://amheonweb.net/association/fer-ho ... he-lorient
ou sur Facebook :
https://www.facebook.com/groups/1027517 ... ?ref=br_rs

Statistiques: Posté par Simon — Jeu 14 Sep 2017 07:15

Wééé ! Des copains pas loin ! Wéé !

Statistiques: Posté par Martti — Mer 13 Sep 2017 09:32

Wééé ! Des copains pas loin ! Wéé !

Statistiques: Posté par Martti — Mer 13 Sep 2017 09:32

De ma juste poursuite on fait si peu de cas
Qu’on me croit obliger en ne m’écoutant pas !

Pierre Corneille, Le Cid, Acte IV, scène 5.

La rentrée académique sonne. Mais dans notre discipline, nous ne nous arrêtons jamais vraiment. Même si la période estivale est un peu une grosse période de glande ( non, ne dites pas le contraire, je sais tout), nombre d’entre vous continue à causer AMHE, manger AMHE, penser AMHE. On pourrait même demander à des spécialistes de se pencher sur ce cas de trouble compulsif global, ou plutôt sur ces cas, car il y en a beaucoup.

Tenez, par exemple, il y a cette propension à toujours causer et surtout critiquer tout ce que fait le voisin, sous prétexte qu’il se trompe, cet ignorant. Et pour ce faire, on commente ( une autre obsession des AMHE, le commentaire). On commente ce qu’il dit, on commente ce qu’il ne dit pas, on commente devant lui, derrière lui, avec lui, ou sans lui. Et au final, nous nous retrouvons à commenter des commentaire qui commentent des textes, au delà de la reproduction mécanique et infinie des gestes décrits avec détails (ou pas). Voire, parfois, on fait les questions et les réponses pendant ces commentaires².

  • Liechtenauer existe t’il ou pas ? Non, jusqu’à preuve du contraire
  • Le zornhau porte t’il en sa sonorité la brutalité de son exécution ? Non, le son de l’allemand ne rend pas les germanophones agressifs
  • P. Vadi a t’il inventé la chaussure Adidas Stabil, tout comme il inventa la fente, la flèche, le temps d’escrime, la fougasse et le « kir » à la pèche ? Non, vu qu’il se place dans une tradition d’écriture spécifique et spécifiée
  • Les historiens doivent ils afficher leur diplôme de la faculté  « j’ai fait des études très longues avec mention et vous non » ? Non, les listes des diplômes d’état sont publiques
  • Est il possible de construire une argumentation correcte sur des sources parcellaires, mal datées, mal traduites et mal comprises ? Oui, si on fait de l’histoire avec, et pas du flan aux cerises

Ca va nachraiseniser dans les fondements

Les amateurs d’arts martiaux historiques vont même jusqu’à tenter d’expliquer la mécanique (#LESYSTÈME, LES GARS, #LE SYSTÈME) à l’oeuvre, qu’il s’agisse de la mécanique gestuelle ou de la mécanique intellectuelle de ces documents historiques. Parfois en tentant de comprendre comment ces textes ont été construits et transmis, parfois en y collant le maximum de codifications postérieures.
Nous ne sommes pas là pour en juger, même si je ne peux que renvoyer à cette interview de Michel Pastoureau, qui nous explique que les mentalités des auteurs et copistes des livres d’armes ne sont PAS celles d’aujourd’hui. Et qu’il est donc nécessaire, à minima, de nous projeter dans les modèles intellectuels de ces gens pour comprendre ce qu’ils ont tenté de faire. Bref, comme d’habitude, vous connaissez mon dada : pour aborder un document historique, il faut faire de l’histoire avec.

Cela dit, nous devons aussi admettre que si l’impartialité est possible, l’objectivité ne l’est pas ( Ca vient de là, KissJPA ). Nous pensons avec un cerveau et surtout une éducation du XXe siècle ( voire du XXIe pour les plus bambins d’entre vous). Nous devons donc, par exemple, traduire à minima les langues étrangères. Voire traduire notre ancienne langue maternelle ( car nous n’utilisons plus le terme deschergier, par exemple). C’est tout le souci de l’équilibre entre « lire le texte original » et « communiquer dessus ».

Posons immédiatement une vérité admise : un mot allemand, italien ou papou, peut se traduire, même si Der Übersetzer ist ein Verräter. Encore mieux, il peut se traduire correctement. Ainsi, il est fortement critiquable, à l’heure actuelle, de refuser de traduire le mot pour en garder « la pureté ». Je renvoie les philosophes au débat entre le réalisme d’Aristote, le nominalisme de Guillaume d’Ockham et le conceptualisme d’Abélard. Leurs commentaires sont les bienvenus.

Partir sur un blabla interminable, pire encore, sur un index des termes techniques, ce serait indigeste. Et pas très abordable, même pour des esprits aussi aiguisés que ceux de mon lectorat.

Etape 1 : définir les bornes de l’analyse

Mes petits, avant de causer de quelque chose, il faut toujours cadrer, fixer des limites et un espace. Ici, je vais me contenter d’explorer deux documents historiques. Prioritairement le Cod.44.A.8, une des sources les plus anciennes, si ce n’est la plus ancienne, du texte de saint Liechtenauer.  Puis, en parallèle, je vais aussi présenter des bouts du Berol. Ms.Germ.Q.2020, sa copie tardive.

Le Cod.44.A.8, c’est quoi ?  C’est un bouquin d’à peu près 28cm sur 20cm, en papier, comptant 116 (113+III) feuillets. Il contient un texte en dialecte bavarois et quelques rares illustrations. On n’y trouve qu’une seule main pour la copie, probablement réalisée autour de 1450, le texte mentionnant la date de 1452 (Anno domini milesimo quadringentesimo quinquagesimo secondo). Nous savons qu’en 1554-1555, le manuscrit entre en possession d’un certain Wittigschlager, et en 1568, en possession du comte de Starhemberg. En 1813, enfin, il est donné à la Corsiniana, où il coule depuis des jours heureux, hors de portée des ahmeurs.

Mais tout ca, hein, vous vous en foutez, je le sais. Ce qui vous intéresse, c’est le texte, le martial, le système (#LESYSTÈME, LES GARS, #LE SYSTÈME).

Et ben si analyse le texte avec objectivité, et qu’on réalise une cartographie de son vocabulaire, une carte lexicale, on obtient ça :

Oui, c’est compliqué. Le texte est compliqué. Et Nachraisen, c’est en tout en haut à gauche, dans ce petit espace secondaire de la carte.

Rapidement, parce que ce n’est pas l’objet du billet, vous voyez facilement que le texte, mécaniquement, tourne autour du mot swert, puis se répand en sous ensembles comme merck ou seitten. Il se trouve que dans ces nœuds lexicaux, qui sous tendent le discours, on ne trouve que très peu de termes techniques, sauf un petit winden des familles.

Il y a donc pas mal de mots. Environ 12126 mots, selon comment on transcrit le texte. Et parmi ces mots, aujourd’hui, on va parler d’un de ces termes, un tout petit, un ridiculement peu mentionné. L’essentiel de ce billet, le Nachraisen, qui génère plus de bullshit qu’un tweet de l’agent orange.

C’est fou, mais on dirait des vrais propos qu’on a tous déjà lu. Sur les AMHE, j’entends.

Dans le Cod.44.A.8, on trouve ce mot sous trois formes : Nachraisen, nachraysen et nachreisen. Pour des besoins de lisibilité, j’ai pris la version la plus répandue dans le texte, soit celle avec [ai]. Mais pour votre gouverne, sachez qu’on rencontre les mots sous cette fréquence:

Variations du terme

Occurrences dans le Cod. 44.A.8

nachraisen 8 nachraysen 1 nachreisen 1

10 occurrences sur 12126 mots. 0.08%. C’est peu. Mais les chiffres, c’est un peu comme les articles d’historiens qu’on découpe à la serpette, on peut leur faire dire ce qu’on veut. Allons donc plus loin. Et imaginons faire un graphique, tout beau. Ce graphique pourrait même montrer quelle est la fréquence d’utilisation du terme Nachraisen en fonction des 89 rubriques du texte. Oh ben mince, alors.

Nous voyons donc, factuellement, que le mot, ou les mots, sont employés de manière très ponctuelle. Pour dire les choses crûment, en fait, le nachraisen n’existe que lorsque le texte explique de quoi il s’agit. En d’autres termes, la manœuvre est loin d’être universelle ou constante dans le texte sur l’escrime de Liechtenauer.

Et même si c’est employé uniquement dans le sens d’une explication, je dois vous dire que vous ne savez surement pas ce que ça signifie vraiment. Car il est erroné de dire que nachraisen ou nachreisen, totalement interchangeables dans les textes ou peu s’en faut, signifie ce qu’on entend souvent, à savoir « voyager après ».

Littéralement, ok, je ne critique pas. Mais le sens est, peut-être, un peu plus subtil ou du moins plus fouillé que ça. Tenez, vous viendrait-il à l’idée de traduire sharpshooter par frappeur aiguisé, tireur rasoir ou aiguisage de tireur ? Non. Et ben nachraisen c’est tout pareil. Attention, ne soyez pas con ! Bien évidemment que dans les barbarismes ci-dessus, on perçoit le sens du mot sharpshooter. Mais nous dirons, avec une diplomatie certaine, que ce n’est pas de la traduction tip-top. On peut proposer un sens plus cohérent. Quelque chose qui ressemblerait, je ne sais pas moi, à tireur d’élite, ou tireur de précision ?

En gros, sans vous faire l’honneur de vous reproduire les définitions en allemand (que vous pouvez retrouver grâce aux outils de ma liste de cadeau du noël 2016 ), deux sens se dégagent quand on cherche à traduire correctement le mot Nachraisen :

  • La continuité (d’un mouvement, d’un geste, ou d’un raisonnement)
  • La suite (d’un objet vis-à-vis d’un autre, d’une idée après une autre)

Bref, quand vous tirez sur un bout de tissu pour arracher le tissu, la déchirure « nachraisennise » tout le long. Quand vous êtes coincé derrière un poids lourd qui roule à 43 km/h, vous le « nachraissennisez ». La petite aiguille d’une horloge fait un mouvement « nachraisennien » et quand vous me parlez, vous subissez une logorrhée « nachraisennisante ».  Je pense que vous avez saisi l’idée.

Et moi, je traduis nachraisen par poursuite. On peut me rétorquer que le mot rattrapage, utilisé dans l’ancienne mais néanmoins mémorable traduction de feu l’ardamhe, convient. Ce à quoi j’objecte trois choses : d’abord, c’est moche. Autant que « coup d’avant ». Ensuite, c’est très moche, autant que « rompure ». Et enfin, le terme poursuite implique bien plus un mouvement continu, à mon sens.

Mais les choix de traduction, c’est comme les orientations sexuelles, ça ne se discute pas. Du moins quand on traduit soi-même son texte. Ça n’en vaut pas la peine. L’important, c’est de pratiquer. Et puis un peu de pouvoir expliquer comment on en arrive là, mais c’est une autre histoire…

Frequens motus

Etape 2 : l’origine du monde, ou l’épitomé selon Saint Jean l’invisible.

Comme toujours, il convient de rappeler que les textes techniques médiévaux ne sont pas des dictionnaires où chaque partie est indépendante. Le texte, son ordre, l’organisation, tout cela dénote d’un vrai souci de rédaction, et de reproduction continue. Si nous observons où se situe la « poursuite » dans les textes dits liechtenaueriens, dans le plan en 12 parties,  elle occupe une place bien à elle. Le lecteur la trouve ainsi en troisième position, après les gardes et les défenses, mais avant l’écrasement (uberlaufen) et la déviation (absetzen). Pour rappel, d’ailleurs, l’ordre liechtenauerien, c’est ça

  • Introduction un peu bordélique
  • Exposé des cinq coups (et non, ce n’est pas un chapitre numéroté)
  1. Les quatre postures (vier leger)
  2. Les quatre défenses (vier vorsetzen)
  3. La poursuite (nachraisen)
  4. L’écrasement (überlauffen)
  5. Dévier/Écarter (abseczen)
  6. Changer de côté (durchwechseln)
  7. Ramener (zucken)
  8. Traverser (durchlauffen)
  9. Entailler (abschneiden)
  10. Serrer les mains (henddrucken)
  11. Suspendre (hengen)
  12. La rotation (winden)

Si nous voulions interpréter, ainsi, nous pourrions avancer l’idée que ceci est la première des manœuvres complexes de l’escrime dite « liechtenauerienne », bien avant les serrages de main (hentdrucken) ou les rotations (winden). En résumé, un truc un peu capital dans l’apprentissage de l’escrime, bien avant le lienentrelesépéescolléessansquonsachepourquoi.

Plus important, encore, il s’agit de la première réelle manœuvre mettant en jeu la question du temps d’action, et la fameuse notion « indes », ou « intervalle », ou « pendant », ou tout ce que vous voulez sauf « simultané ». Mais on en causera plus bas.

Une fois cette réalité didactique bien ancrée dans la tête de mes petits lecteurs un peu trop rapides dans leur lecture des textes historiques, prenons le texte de base. Ce sacro-saint épitômé, poème, merdier rimé, bref, le texte qui est souvent commenté et qui sert de socle argumentaire aux écrits martiaux médiévaux. ( J’invite d’ailleurs les gens contestant une traduction de poésie germanique du XIVe siècle à aller s’asseoir sur un cactus tout en traduisant le Rolandslied en bon français.)

  • Nachraisen lere
    Zwifach oder scheneid in die were
  • Apprends la poursuite
    Pour doubler, ou encore entailler dans la défense
  • Zway ewssere mynne der arbait dar nach begÿnne
    Und prüff dÿe gefert
  • Empare toi par l’extérieur, des deux côtés, c‘est après que le travail commence
    Étudie la menace
  • Ob sÿ sind
    Waich oder hert
  • Selon qu’elle soit
    tendre ou ferme.
  • Das fulen lere
    Inndes das wort schneidet sere
  • Apprends le sentiment
    Intervalle, ceci est un mot qui sépare nettement.
  • Nachraysen zwifach
    Trifft mann den alten schnit mit mach
  •  La poursuite est double
    Si cela touche, il faut faire la vieille entaille

Bon, c’est tout pourri. Sans faire de prosodie, il est possible de voir que nous avons ici un poème du style AA/BC/BC/AA/DD, avec une rythmique bizarre, du genre court-long / long-court / court-court / court-long/ court-long. C’est pas de la grande qualité d’écriture, loin de là, c’est même plutôt naze en termes de rythmique.
Mais essayons de faire un peu d’exégèse du pauvre sans tenir de jugement. On observe vite que le texte est construit autour de 5 points, dont chacun cherche à être une adresse au lecteur puis un conseil en rapport avec cette adresse. Le modèle général est « injonction » + « précision technique« .
Si on découpe la partie du poème dédiée à cette technique de « poursuite » et qu’on s’essaye à ce que les penseurs de l’époque,  sous la férule de Thomas d’Aquin, appellent le « Grand Commentaire ». Il est même possible de faire son petit glossateur en herbe.

Etape 3: le fond du commentaire, et le commentaire du fond
  • Apprends la poursuite
    Pour doubler, ou encore entailler dans la défense

Doubler, ou « zwifach« , c’est grossièrement « faire deux fois« . Donc, en gros, la poursuite permet soit de réaliser un même coup deux fois, soit d’entailler la défense. Notons le « oder » qui met bien en exergue l’alternative des deux possibilités, et non pas leur complémentarité. En gros, ne faites pas les deux.

  • Empare toi par l’extérieur, des deux côtés, c’est après que le travail commence
    Étudie la menace

Cette précision est intéressante, parce qu’elle dévoile des termes qui font bondir mon petit cœur. D’abord, l’utilisation du terme « nehmen« , qui signifie, en gros, « prendre« . Pour donner un exemple, c’est un mot encore utilisé aujourd’hui pour décrire la prise du ciment. Bref, c’est clair, comme sens.
Ensuite, la précision sur les deux côtés, ce qui signifie que la poursuite n’est pas une manœuvre unilatérale, contrairement aux attaques classiques, qui sont recommandées du côté où l’on est puissant (soit à droite pour les droitiers, et gauche pour les gauchers.)

  • Selon qu’elle soit
    tendre ou ferme.

Là, rien de bien neuf. La source historique continue ici à filer la description de ce que j’ai traduit ici par « menace ». Mais, fait intéressant, le texte précise « waich oder hert« , c’est à dire « tendre ou ferme« . Ce qui n’a RIEN A VOIR AVEC « FORT ET FAIBLE » !!!!!!!. Ici, on parle clairement de la pression exercée par l’adversaire avec sa lame sur la mienne. A moins bien sûr que vous ayez un pouvoir magique pour sentir si l’autre est mou ou ferme dans l’intimité. Mais c’est une autre histoire.

A gauche… non, vous êtes tous capable de comprendre la métaphore

Il s’agit donc d’une perception de la menace une fois le lien réalisé (le contact entre les armes). Cela implique donc que la manœuvre de « poursuite » se réalise (ou plutôt peut se réaliser) une fois le lien entre les armes fait. Ce qui signifie donc que placer la manœuvre APRES l’exposé des 4 gardes et des 4 parades a du sens. C’est voulu. C’est volontaire. C’est un plan.

  • Apprends le sentiment
    Intervalle, ceci est un mot qui sépare nettement.

Poinpoinpoin. J’aime ce passage. D’abord parce qu’il parle d’un truc hautement foireux, le sentiment, le « fühlen« . Ce mot, qui sert souvent de cache misère pour dire « mouais, mais bon, c’est pas possible d’écrire sur cet aspect de l’escrime, pasque c’est le fühleeeen« . A l’époque comme aujourd’hui, d’ailleurs. Pourtant, c’est faux, on peut parfaitement écrire sur les sentiments. Si vous en doutez, lisez de la poésie, mais de la vraie, hein, de la française. Ou des ouvrages de neurosciences, mais c’est plus hard, et plus charlatanesque parfois.

Victor délire

Bref, écrire sur les sentiments, c’est possible. Et le texte nous dit ici que l’on doit apprendre à ressentir. Ressentir quoi ? Est il possible qu’il s’agisse d’un lien avec le passage précédent où l’auteur nous parle de tendresse et de fermeté ? Une sensation ? Ohhh, merde alors. C’est cohérent !

« Trève de moquerie Carrousel« , direz-vous. Et vous avez raison. Il est question, ici, d’apprendre à ressentir la pression que l’adversaire exerce sur votre lame. Avant les italiens, avant les génies français, les rustres allemands de l’Alma mater Erfordensis avaient déjà eu cette formidable idée : penser à l’adversaire. Incroyable. A croire qu’il n’existe aucun messie de l’escrime, mais par contre, qu’il existe des chronologies et des traditions identifiées et identifiables. Jme comprends.

Et c’est ici qu’on aborde un mot intéressant : l’Intervalle.

Alors, soyons clair:  ne comptez pas sur moi pour rentrer dans un débat foireux sur la bonne traduction du mot « indes« . Ce que je sais, c’est que la traduction communément admise, à savoir « simultané« , est foireuse.
D’abord parce qu’un mouvement simultané commence et termine en même temps que son référent, l’autre mouvement. Les langues germaniques utilisent d’ailleurs d’autres mots pour parler de l’action simultanée. Des mots comme « gleich« , pour la blague.
Ensuite parce qu’ici, je pense personnellement qu’il s’agit d’une notion plus générale, celle de l’entre-deux. De l’intervalle. Ce qui existe entre le début et la fin d’une action, mais également ce qui existe entre la pression trop ferme et la pression trop tendre (voire l’entre deux qui existe au milieu de l’épée, entre le fort et le faible). Bref, c’est pas un conseil mystique sur le temps, mais un appel tout con à la mesure.

Tout ceci commence à partir trop loin… Merci à Albion Sword pour cette image, et aux multiples épées qu’ils m’ont vendu avec un sens du commerce totalement relatif.

  • La poursuite est double
    Si cela touche, il faut faire la vieille entaille

Notons, pour ce dernier distique, un petit détail amusant, l’utilisation de l’expression « vieille entaille » ou « alten schnit« . Si l’on prend le texte au mot, cela signifie que le texte fait référence à une pratique assez reculée dans le temps pour donner naissance à une ancienneté reconnue. Bon, n’imaginons pas non plus une tradition martiale ancestrale. Des historiens comme Eric Hobsbawm et Terence Ranger ont démontrés que l’humain était parfaitement capable d’inventer des traditions pour faire croire à une respectabilité ancestrale.
Mais si nous revenons au texte, en gros, on relit que la poursuite est liée à une possibilité d’action double, qui n’est pas censée toucher d’elle même, mais ouvrir le chemin dans les actions de l’adversaire vers une entaille.

Cependant, ici, nous sortons de la thématique de l’exégèse pure du poème. L’auteur semble mélanger allègrement la poursuite « manœuvre » avec la poursuite « concept ». Plongeons donc avec plaisir dans le néant de l’argumentation, le commentaire historique de l’escrime germanique.

Etape 4: le vrai commentaire, qui amène la lumière.

Mes agneaux, vous n’êtes pas sans savoir, et si vous ne le saviez pas vous allez l’apprendre, que les textes que l’on attache à l’héritage de J. Liechtenauer sont constitués d’un poème ET d’un commentaire. Oui, je répète, mais on ne sait jamais, ça finira peut être par rentrer.

Mais un commentaire, c’est quoi ? Bien avant d’être une note marginale de merde, le commentaire, ou la glose, c’est un texte à part entière, qui découpe et restructure un texte original pour en faire une nouvelle oeuvre. Chez les auteurs et escrimeurs allemands, on pourrait même  parler de commentaire savant, acharnés comme ils sont de diviser le texte rimé en deux éléments pour y aller de leur petite explication. C’est, par exemple, ainsi que l’on traite, à l’époque, les écrits des penseurs de l’antiquité : hop, on le découpe en morceaux de deux phrases ou vers, et rehop, on commente pour faire son malin.

Pourquoi je vous dit ça ? Et bien parce que pour le nachraisen, et ben les auteurs ne le font pas vraiment, ce commentaire découpé. Prenons le 44.A.8, qui est probablement la plus ancienne trace du poème commenté lié à J. Liechtenauer. Quand on en arrive à la poursuite, le texte évacue grossièrement le poème, en disant en gros « oui, bon, voila le poème« .  Puis il part dans les EXPLIIIIQUAAAAATIOOOONS. Soit un commentaire assez global suivi d’une foultitude d’exemples.

#Digression pourrie

Note que l’on peut poursuivre selon de nombreuses méthodes. C’est pour cela qu’il faut amener les tailles et les estocs prudemment, face aux escrimeurs qui frappent librement et de loin, eux qui ne respectent pas l’art de l’épée.

Voila voila. Trois lignes de commentaire à proprement parler. L’auteur utilise le terme « fürsich(tigkait)« , qui en allemand moderne est assimilable à « vorsich« , ou « prudence« . Il précise juste après l’acteur de cette prudence, puisqu’il annonce que certains escrimeurs attaquent de trop loin et librement. Mais ce qui est capital, comme information, ici, c’est que ces escrimeurs, qui attaquent de loin en faisant n’importe quoi, ne respectent pas l’art de l’épée.

Selon l’escrime germanique médiévale, ce mec est donc un gros noob.

Ce qui est intéressant, c’est que l’on peut en tirer des informations intéressantes sur, justement, les gens qui respectent l’art de l’épée.

  • D’une part, les « bons » escrimeurs, selon l’auteur, n’attaquent pas de loin.
  • D’autre part, ils ne frappent pas n’importe comment, de manière erratique.

Le terme « freÿ » est capital. Les bons escrimeurs ne sont pas « freÿ« , ils ne sont pas libres de leurs gestes. Ils obéissent à un modèle de frappes clairement établies. Ils sont insérés dans un modèle, très mécanique, qui hiérarchise leurs actions et leurs réactions, qui dénombre les possibilités. Les bons escrimeurs suivent la Logique. Ils obéissent d’abord à un modèle, ce qui leur permet de réussir. Et pas l’inverse.

#Fin de digression pourrie

Mais bref, passons cette digression. Ce petit commentaire nous dit que la poursuite n’est pas utile dans tous les cas, mais qu’elle est un outil adapté aux grands gestes, aux attaques lointaines et aux escrimeurs qui ne connaissent pas l’escrime. Et comme toute argumentation correcte, l’auteur respecte un ordre:

  1. Idée: la poursuite c’est ça.
  2. Argument: pourquoi la poursuite c’est ça.
  3. Exemple(s) : voila des poursuites, et démerde-toi.

Voyons donc les exemples. Je précise que ces derniers sont parfaitement reproductibles, avec un peu de soin. Je n’en commenterais donc pas le commentaire.

Voici donc comment poursuivre : Lorsque tu t’approches à distance de frappe,  avance le pied gauche tout en prenant la garde du jour. Observe alors bien comment il va s’en prendre à toi. S’il frappe de loin et par dessus [Genre totalement comme sur l’image dessous] , veille à ce qu’il ne puisse pas te toucher. Dès que l’épée passe devant toi et va vers le sol, bondis du pied droit et frappe sa tête par dessus avant qu’il ne puisse ramener son épée. C’est ainsi qu’il est frappé. 

Note aux lecteurs : ceci n’est PAS un coup crânien. Le mot n’est pas prononcé dans le texte. Il s’agit probablement de la frappe donnée de loin. OUI, il s’agit donc, selon l’escrime de Liechtenauer, d’une frappe de merde. Une scheischlag.

La pièce suivante consiste à s’emparer de l’adversaire par l’extérieur

Note qu’il vient de te frapper et que toi, tu as poursuivi en frappant une ouverture. S’il relève rapidement son arme et frappe ton épée par dessous, alors maintiens le fort sur lui. S’il cherche à relever rapidement son épée au dessus de lui, bondis derrière sa jambe droite avec ton pied gauche et balaye d’un coup de travers, ou de toute autre chose sur la droite de sa tête [C’est ce qui est montré en dessous]. Travaille alors de manière circulaire pour aller sur sa gauche en doublant ta frappe. Tu peux aussi utiliser une des pièces ultérieures, selon qu’il est ferme ou tendre. 

Matez moi ces culs !!!! Notez aussi la posture du mec de gauche, qui n’est pas en « parloir », mais entrain de relever son arme.

Une autre pièce: Quand il attaque en premier sans toucher et que tu frappes après lui, veille à lier son épée contre son côté gauche. S’il échappe immédiatement à la défense en donnant un coup de travers sur ton côté droit, profite de cette action pour donner un coup travers en dessous de son épée pour atteindre le côté gauche de son cou. Tu peux aussi bondir sur son côté droit avec le pied gauche afin de suivre son coup sur la droite. Tu peux encore entailler sa tête en passant au dessus de ses bras. 

Voici une autre poursuite, à réaliser quand tu combats quelqu’un depuis le coup de dessous ou encore depuis une attaque montante, ou encore si tu te trouves dans la garde du fou et qu’il tombe sur ton épée avec la sienne. Veille alors à rester sous son épée et à soulever le tout. S’il désire frapper en dehors de cette défense, ou encore réaliser une torsion de l’épée, ne le laisse pas agir librement sur ton épée. Suis son mouvement et travaille vers l’ouverture la plus proche. 

Note bien que la poursuite peut se réaliser depuis toutes les gardes et avec toutes les attaques, du moment où tu as compris qu’il échoue à te toucher ou encore quand il réalise une ouverture avec son épée.

Tu peux réaliser la poursuite des deux côtés et le frapper correctement. Comprends bien que s’il échoue en passant devant toi, va sur la droite ou sur la gauche et frappe sans te préoccuper des ouvertures. S’il lève son arme et lie ton épée par dessous, tu dois faire la chose suivante : dans l’intervalle de temps où les épées s’entrechoquent, envoie ton vrai tranchant vers ses bras et appuie vers le bras pour trancher. Tu peux aussi frapper sa mâchoire. 

Oui, dans le MsGerm.Quart.2020, c’est cette image qui est associée. Et oui, c’est étrange.

Ces quelques conseils illustrent bien la manière dont sont construits ces exemples. A savoir parfois très mal.

Prenons les choses dans l’ordre.  Cinq exemples différents, chacun racontant une choses spécifique (et accessoirement, je rappelle qu’il y a CINQ distiques au poème sur la poursuite :

  1. Première poursuite sans contact, où l’on poursuit le mouvement adverse.
    • B attaque A
    • A laisse passer l’attaque hors distance
    • B est entraîné par son mouvement
    • A en profite
  2. Poursuite avec contact, où l’on poursuit son propre mouvement et le mouvement adverse
    • B contre l’attaque précédente de A
    • A utilise ce mouvement pour aller frapper de l’autre côté
  3. Poursuite continue
    • B profite du mouvement précédent de A pour frapper par dessous.
      • Rappel de la fin de la pièce précédente
      • Introduction de l’entaille de la poursuite 5
  4. Une poursuite un peu étrange, où l’on agit par dessous et où l’on peut faire tout ce qui est avant…
  5. Une poursuite où l’on revient à la situation première
    • A frappe B comme pour la poursuite 1
    • A utilise l’action de parade adverse pour entailler

Il serait tentant, ici, de céder à une paréidolie textuelle, à cause des CINQ distiques du poème sur la poursuite. Idéalement, si on pense que le texte commentaire est bien foutu, on devrait avoir une organisation propre, cinq distiques collant à cinq exemples commentaires. Or, ça ne colle pas. Du tout.

Nein !

Mais une erreur comme celle là éclaire plus qu’on ne le pense. Et oui, observez le texte. C’est bizarre. On a quelque chose de régulier, les trois premières pièces découpent finalement une gestuelle continue, la troisième semblant tout synthétiser. Et puis d’un coup, bam, la quatrième pièce fout le merdier en parlant du dessous, rajoute une précision qui n’a rien à voir avec l’exemple (c’est un autre argument) qui introduit elle même la dernière pièce. Ça colle pas. C’est tout naze.

Les distiques ne correspondent pas à la structure, même en faisant de très gros efforts. C’est d’ailleurs probablement pour ça que le texte n’est pas découpé et commenté, mais commenté en bloc. Et puis il y a un autre souci. Souvenez-vous. Plus haut, j’ai expliqué, lors de l’essai de commentaire personnel du poème [Selon qu’elle soit/tendre ou ferme], que le passage impliquait probablement que la poursuite se réalisait une fois le lien entre les armes réalisé. En gros, vous vous défendez, ou l’autre se défend, et une fois les lames connectées, vous sentez la pression et vous agissez en fonction de cette pression. Le fameux sentiment du fer. Le poème étant en bloc, on peut légitiment se dire, à sa lecture : la poursuite c’est suite au lien.

Sauf que dans le premier exemple, c’est pas le cas. Le texte dit clairement que l’arme passe devant vous. Pas à côté, pas suite à une parade. Dans l’absolu, et c’est ce que je pense, l’escrimeur a reculé juste assez. Mais rien ne le dit, et on peut me rétorquer que le texte dit en gros qu’on note le moment où l’épée passe. D’ailleurs, l’image associée dans le Germ.Q.2020 ne montre aucun lien. Pour moi, elle montre même quelqu’un reculer son arme pour éviter ce contact.

Donc il y a un souci. Manifeste. Entre l’idée et la description, le texte est mal foutu. Il définit probablement mal ses termes. Car « mou » et « ferme » sont clairement expliqués dans le passage sur le coup furieux, situé AVANT la poursuite :

Quand une épée résonne sur l’autre, vois s’il est tendre ou ferme dans le lien. Quand tu trouves ceci en premier, travaille dans l’Intervalle en faisant une rotation d’après sa tendresse ou sa fermeté, toujours vers l’ouverture la plus proche.

Vous pouvez vérifier. Et le couple « mou/ferme » se rencontre 9 fois dans le texte sur l’épée dans le Cod.44.A.8. Toutes en lien avec… ben le lien, justement. Jamais les auteurs germaniques ne parlent de mou et ferme hors du contact entre les lames. Or, dans une manœuvre qui est affirmée dans le poème comme dépendante de cette notion, le PREMIER exemple va à l’encontre de cette idée. Donc l’utilisation de ces deux mots pour parler de la poursuite est totalement foireuse si cette dernière est hors lien des épées sur la première pièce. Alors que c’est valable après.

On a donc un texte rimé qui dit un truc, et un commentaire qui dit un autre truc. Et ce commentaire lui même est bordélique, entrecoupé d’autres expositions de concept, sans queue ni tête. Ou alors je suis taré. Ou encore qu’on peut interpréter un peu comme on veut des bouts de texte.

Mais passons. Nous n’avons plus le temps. Ahhh, le temps. On en a pas encore parlé, du temps. Et il se trouve que le texte non plus. Ou du moins, pas vraiment.

La question du temps d’action ne fait PAS partie du plan du texte technique liechtenauerien. Ça n’est pas inclus dans les 12 manœuvres, ce n’est pas une frappe ou un coup spécial. C’est dans l‘introduction que l’oeuvre du grand allemand mentionne les bornes de l’Antérieur (vor) et du Postérieur (nach). Il s’agit du cinquième commentaire de l’introduction de l’oeuvre, juste après la posture des pieds, la synchronicité entre attaque et déplacement, le rôle du corps, et le côté duquel marcher quand on attaque.

Reprenons : de ce que nous avons vu jusqu’ici, la poursuite semble être une action qui se réalise par rapport à une autre action. C’est une manœuvre qui prend en compte la distance, l’amplitude et la durée de l’action adverse.

Quoi ? Trop compliqué ? Ok. La poursuite, c’est utiliser le temps que prend l’autre pour agir, et ce afin d’agir à votre tour. Plus clair ? L’adversaire attaque et rate son coup, vous utilisez ce temps pour agir. L’adversaire pare et appuie, vous utilisez le temps de cette pression pour agir. Voila. C’est purement une question de rythme de l’action.

Où se situe donc l’explication du temps, ou de la manière d’agir dans le bon temps, alors ? Et bien ici, dans le chapitre de la poursuite nachraisenisante. Précisément, on trouve cette explication entre la quatrième et la cinquième poursuite. Après la jolie série de mouvements qui semblent se suivre. Avant l’entaille dite « ancienne ».

  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • Précision et explication sur l’intervalle
  • 5

En effet, au bout d’un moment, les auteurs semblent donc se rendre compte qu’il manque un truc dans leur argumentaire. Ce qui, à mon avis, s’est déroulé de la manière suivante. Et ils se mettent à basculer sur la définition de ce fameux Intervalle, cet Indes. APRES avoir décrit les manœuvres. Paye ta cohérence.

Apprends le sentiment
Intervalle, ceci est un mot qui sépare nettement. Note que le sentiment et que le mot « intervalle » sont les meilleures choses, et les plus grandes, de tout l’art de l’épée. Celui qui est, ou veut devenir maître de l’épée ne le sera jamais vraiment s’il n’entend pas le mot « intervalle » ou encore le sentiment. Il ne sera qu’une brute avec une épée. C’est pourquoi, avant toute autre chose, tu dois apprendre et bien comprendre ces deux éléments. Voici l’enseignement sur le sentiment et sur qu’on nomme « intervalle » Note que le moment où tu arrives à distance de frappe, et que tu as lié l’épée de l’adversaire. Dans l’intervalle de temps où les épées s’entrechoquent, tu dois sentir avec la main s’il est tendre ou ferme dans le lien. Dès que tu sais ce qu’il en est, remémore toi le mot « intervalle ». Cela signifie qu’au moment où tu comprends, tu dois travailler vivement avant qu’il ne se rende compte de quoi que ce soit. C’est ici que tu dois noter que le sentiment et le mot « intervalle » sont une seule et une unique chose. L’un ne peut aller sans l’autre.

Voici comment le comprendre : lorsque tu as lié son épée, tu dois sentir avec la main, et le mot « intervalle », s’il est tendre ou ferme avec l’épée. Et une fois que tu l’as senti, tu dois travailler dans cet intervalle entre le tendre et le ferme sur son épée. C’est pour cela que je dis que ces deux choses sont une seule. 

Le mot « intervalle » est important dans toutes les pièces précédentes, et se comprends ainsi :  double dans l’intervalle, change dans l’intervalle, traverse dans l’intervalle, entaille dans l’intervalle, lutte dans l’intervalle, prends dans l’intervalle, choisis dans l’intervalle. Ce mot, « intervalle », est donc aiguisé, et tous les maîtres de l’épée qui ne savent pas l’expliquer seront vaincus. Car c’est la clé de l’art.

Voici donc, en résumé énorme, ce que disent les textes médiévaux sur la poursuite. Mais les auteurs médiévaux sont encore lus plus tard, genre 100 ans après. Vous savez où je veux en venir, hein, kanaillous ?

!Meyer!

Et ben Joachim Meyer, il claque une explication limpide, comme d’habitude.

Poursuivre

Ceci est un très bon tour de main. Celui qui en a l’expertise, celui qui sait comment l’utiliser peut, sans nul doute, être qualifié de maître.

Voici comment on réalise une poursuite : Lorsque vous êtes attaqué, et que l’arme adverse est trop haute ou trop basse pendant l’attaque, ou encore trop éloignée sur le coté, alors poursuivez son mouvement en allant vers l’ouverture la plus proche, car cela neutralisera l’attaque en cours. Ceci peut être utilisé face à ceux qui combattent en faisant passer leurs attaques largement autour d’eux.

Vous comprendrez mieux ce que j’explique avec cet exemple : Lorsqu’un adversaire combat contre vous, observez bien la manière dont il tient son épée. S’il est dans le bœuf à droite, ce qui signifie qu’il occupe le quartier en haut à droite, notez le moment où il change son épée de coté, ou même le moment durant lequel il la soulève simplement pour frapper. Attaquez alors vite et bien, en utilisant les coups et les pièces qui se font dans l’intervalle de la parade.

Mais s’il attaque depuis la garde basse, notez le moment où il soulève son épée depuis la droite ou la gauche. Passez alors habilement le vrai tranchant sous son arme et frappez l’ouverture la plus proche.

C’est tout naze, on est d’accord, du moins stylistiquement parlant. Mais c’est clair. Meyer explique, plus avant que tous les auteurs qui le précèdent, que la hauteur/latéralité excessive de l’arme conditionne le déclenchement de la technique. Et ensuite, deux exemples

  • L’adversaire tient son arme trop haut
  • L’adversaire tient son arme trop bas

Aucun merdier douteux sur le « tendre et ferme ». Aucune explication délirante due à une succession de textes probablement rajoutés au fur et à mesure de la transmission du propos. Du bon, du bien, du Meyer.

Bonus stage

Cela dit, je ne peux pas m’empêcher de vous livrer le dernier petit passage sur la « vieille entaille ».

Note que si tu dois poursuivre d’un côté ou de  l’autre, il ne faudra pas oublier d’entailler. Voici ce qu’il faut comprendre : S’il frappe en premier, sur ta droite ou sur ta gauche, frappe habilement vers l’ouverture la plus proche. S’il relève son arme et cherche à lier ton épée par dessous, sois attentif au moment où les armes s’entrechoquent. Entaille alors son cou ou entaille ses bras en tombant dessus avec le vrai tranchant. 

En gros, on apprend rien sur le caractère ancien de la dite entaille. Du coup, il devient légitime de se demander si ce n’est pas la pratique de l’entaille qui est ancienne. Voire dépassée selon les usages communs de l’escrime. Il serait alors rigolo d’imaginer que la pratique de l’escrime, à l’époque de rédaction de ces textes, ne fait plus un usage commun de l’entaille. Pour des raisons troubles, mais on peut par exemple imaginer une inanité de la manœuvre face… à des armes non aiguisées. Et du coup, reposer la bonne vieille question de la manière dont ces gens pratiquaient leur art. Car non, on ne s’entraîne pas avec des armes aiguisées.

Mais tout ça, c’est très éthéré, et bien qu’un docteur Picard puisse en parler plus avant, il faut bien admettre qu’on sait pas trop ce qu’est la vieille entaille, ou pourquoi elle est vieille. Ce qu’on sait, par contre, c’est qu’elle est liée à la poursuite.

Etape 5: essai de conclusion #1452

Bon, comment conclure un tel merdier ?

D’abord, qu’il est très difficile d’analyser une partie isolée d’un ouvrage. Nous avons la chance, avec les livres d’armes, d’avoir des chapitres. Et de réaliser ce que je nommerais avec pédanterie une analyse capitulaire. Que nous apprends donc l’analyse capitulaire du nachraisen ?

D’abord, que le texte, ou une partie du texte, est probablement conçue en amont avec des outils qui n’ont rien à voir avec l’escrime, et tout avec l’écriture. Comme je l’ai précisé, la poursuite prend place dans un déroulé logique.

On a d’abord une introduction qui parle. Notez d’ailleurs que l’outil est traité en dernier dans l’intro, qui tendrait à montrer que c’est pas vraiment le premier truc qu’on prend en main. L’introduction se termine, comme toute bonne introduction, par une annonce de plan. Et ouais, comme à l’école et à la fac.

S’ensuit un développement qui cause. Et là, c’est un beau bordel. Parce que les textes se superposent, comme un mille feuille. Il est fort probable que le 44.A.8 soit le témoin le plus ancien que nous ayons, et non pas le plus ancien tout court.

Ce qu’il faut aussi comprendre, c’est que ces textes, même bien foutus, ne sont vraiment pas extraordinaires. Ils sont même parfois foireux, parce pas de bonne qualité littéraire ou argumentaire. On reste sur une littérature très marginale, très peu répandue. Quelque chose qui n’est pas super travaillé par des centaines d’auteurs successifs.

Bref, restez humbles. Ces arts martiaux sont vraiment pas top, n’essayez pas d’y faire coller des efficacités formidables, des radicalités totales. Ne pensez pas qu’ils sont forcément très bien conçus. N’avancez jamais « c’est efficace donc c’est correct« . Parce que les sources ne SONT PAS efficaces. Elles sont hautement foireuses, encore plus pour nous que pour les lecteurs potentiels de l’époque. J’ai essayé de le montrer : la définition de tendre et ferme est foireuse. L’Intervalle est pas clair. Le coup crânien est pas clair. Rien n’est clair. Et rien n’est clair parce que c’est pas très bien écrit, et pas très bien conçu pour un lecteur du XXIème siècle. Il n’y a pas de système biomécanique, pas d’évidence miraculeuse. Il n’y a que ce que les sources disent, avec leurs mots, que nous devons à la fois garder et comprendre.

A l’inverse, l’oeuvre de Paulus Hector Mair est bien meilleure. Tout comme celle de Joachim Meyer. Parce qu’elles sont réécrites. Elles sont cadrées culturellement. On sait pourquoi on les pratique. On sait où, on sait quelles sont les limites et les problématiques.

Pourquoi continuer à en parler alors ? Parce que c’est une culture que nous avons choisis de faire perdurer. Vous faites dépendre votre culture de son efficacité, vous ? Ou bien parce que vous éprouvez une affection désordonnée, illogique et somme toute très personnelle pour elle ?

Hasta siempre.


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Pour la première fois, l’AG de la FFAMHE n’aura pas lieu à Isle Adam en octobre. Cette année nous avons fait le choix d’organiser l’AG de la FFAMHE à Toulouse, le samedi 2 décembre. De plus cette AG s’inscrira dans un véritable événement fédéral. En effet si l’AG officielle aura lieu le samedi après midi, […]

Cet article L’AG 2017 aura lieu le samedi 2 décembre à Toulouse est apparu en premier sur FFAMHE.

Pour la première fois, l’AG de la FFAMHE n’aura pas lieu à Isle Adam en octobre. Cette année nous avons fait le choix d’organiser l’AG de la FFAMHE à Toulouse, le samedi 2 décembre. De plus cette AG s’inscrira dans un véritable événement fédéral. En effet si l’AG officielle aura lieu le samedi après midi, […]

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Kudos !

Statistiques: Posté par DoK — Mer 6 Sep 2017 14:42

Kudos !

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Tadaaam !
Après un an de séances de dague en papier au fin fond des pelouses mouillées du compus, Flos Montis est officiellement né en tant qu'association d'AMHE qui démarre de vrais entraînements dans un vrai gymnase !
Enfant bâtard conçu par des exilés du Chapitre des Armes, de DTE et du REGHT, Flos Montis aura, on l'espère, un destin aussi prospère que celui de ses glorieux ancêtres.
Par anticonformisme et par manque de moyens, nous n'allons pas centrer notre travail autour d'une quelconque épée longue, mais plutôt travailler la taille au dussack et l'estoc à l'épée de cour. Pour le reste, dague, bâton et combat viking sont au programme.
Rejoignez-nous les vendredis de 17h30 à 19h30 au gymnase Berthe de Boissieux à Grenoble !

Statistiques: Posté par FlosMontis — Mer 6 Sep 2017 14:02

Bonjour !
Je viens de créer ce compte "club" pour la nouvelle association Flos Montis qui démarre ses activités cette année à Grenoble !

Statistiques: Posté par FlosMontis — Mer 6 Sep 2017 13:56

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